Tourment nocturne.

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Tourment nocturne.

Message par Nadhara le Mar 8 Aoû - 14:31

Le silence.

L'angoisse lui étreignant le coeur, elle demeura plusieurs minutes immobile.
Les sens en alerte, elle chercha à déterminer si sa conscience était bel et bien revenue à la réalité, ou s'il ne s'agissait que d'une autre strate de son cauchemar.

Elle réalisa qu'elle se tenait assise, en nage. Le support sous elle était mou, et l'odeur familière d'encens mêlé de tabac froid la rassura quelque peu. Elle était bel et bien dans sa chambre, sur son lit.

Un long moment s'écoula, pendant lequel elle tint son visage entre ses mains. Cette sensation bien physique de son corps avait quelque chose de salvateur: elle était éveillée. C'était le monde réel.

Le silence.

Elle sentait bien les présences de quelques occupants de la tour, dans les autres chambres, mais aucun signe d'activité particulière. Ils devaient dormir.

Se calmer. Respirer. Se concentrer sur l'instant présent.
L'horreur de cette souffrance planait encore dans son âme, telle l'ombre d'un charognard épiant le moment où il pourrait reprendre son oeuvre.
Il devenait de plus en plus difficile d'accuser le coup, de confiner ces émotions, de faire face à ce tourment qui se déchaînait en elle.
Le manque charnel n'aidait en rien. Elle se sentait tendue en permanence, amoindrie, de plus en plus instable.
Et elle savait qu'elle ne pouvait même pas se rassurer avec la métaphore du monstre qui sommeillait en elle. Car ce monstre, c'était elle.

S'occuper l'esprit. Faire quelque chose pour ne pas sombrer.

L'épée. Elle tâtonna sur le matelas à sa droite jusqu'à ce que ses doigts rencontrent le métal froid.
Soulevant la lame, elle vint en serrer la garde contre sa poitrine nue.
Mais cette fois, cela ne suffit pas à la rassurer.

Durant tout ce temps, cette arme et le souvenir de celui à qui elle appartenait autrefois avaient été un refuge, pour elle. Mais ce soir, la seule chose qui vint à son esprit fut cet instant fatidique et abominable où elle avait été forcée de le tuer.
Elle aurait pu... elle aurait DÛ trouver un autre moyen, peu importe les circonstances. Mais son sort atroce fut scellé par sa faute. De sa main.

Tout comme Mirrev.
Elle l'appelait "Maman".

Dans un gémissement torturé, elle jeta l'arme contre le mur, relevant ses genoux contre son torse en les agrippant, alors que les chocs métalliques de l'épée qui tombait se turent rapidement.

Elle se mit à se balancer d'avant en arrière, cherchant désespérément quelque chose à quoi se raccrocher.
Son esprit était comme un gouffre béant donnant sur un abîme insondable, au-dessus duquel elle luttait pour ne pas tomber, malmenée par les bourrasques hurlantes du doute et de la culpabilité.
Tout cela battait, montait par à-coups en vagues impérieuses comme le battement toujours croissant d'un coeur titanesque et sans forme.

Il suffirait d'un geste. Le fil d'une lame sur ses poignets, et tout serait terminé.
Pas de salut pour elle. Elle savait que, de l'autre côté, seule une éternité de solitude et de souffrance l'attendait. Mais au moins, elle n'aurait plus à maintenir les apparences, à voir souffrir, mourir et partir ceux qu'elle aimait, les uns après les autres.

A cause d'elle.

Les mots et les attentions bienveillants des autres lui revinrent.
Kavnan, Ragèn, Eylijah, Ikaël, Jiao, Kadëan, Gabriel... Nacra...
Même le jeune Arno, qui la connaissait si peu, lui avait tenu un discours doux et affectueux...

Cela n'en était que pire, encore.

Ils l'aimaient, comptaient sur elle.
Ils ne se rendaient pas compte. Ils ne comprenaient pas que le plus grand danger pour eux, c'était elle. De la fréquenter.
Cette pression, ce poids... elle n'en pouvait plus.

Relevant lentement la tête dans un soupir tourmenté, elle se tourna vers la dague sur la table de nuit.
Il suffirait d'un geste...

Ce fut l'odeur de bois brûlé qui attira son attention.
Un fort dégagement d'énergie, sur sa gauche.
La sienne.

Son glaive. Il irradiait de sa puissance et elle comprit que la fumée qu'elle sentait provenait du plancher qu'il était en train de calciner, au pied du lit.
Elle s'assit rapidement sur le bord de celui-ci et se pencha pour ramasser l'arme, la maintenant levée un moment.

Se calmer. Respirer. Faire redescendre.

Sortir.

Elle se dirigea vers l'armoire et prit son peignoir là où elle l'avait rangé, avant de sortir de sa chambre, son glaive en main.

Son esprit était toujours en proie à la tempête, et elle dû s'aider des murs et rambardes pour descendre les rampes et escaliers.

Dehors, la nuit était fraîche.
Seuls le murmure de la brise et le chant des criquets venaient troubler le silence. C'était moins pesant que dans la chambre, mais elle n'était pas en état d'en profiter.

Elle demeura un long moment ainsi, son glaive à la main, la tête basse.
L'air nocturne était parfumé des senteurs forestières, que la rosée naissante semblait distiller, magnifier.
Elle ne se sentait pas à sa place au sein de cette quiétude ambiante.

"Encore ce rêve, hmm?"
La voix s'était exprimée dans sa tête, de ce sempiternel ton détaché.
Elle ne répondit pas.
Un moment s'écoula, pendant lequel une chouette hulula au loin.

"Il faudra bien finir par leur en parler. Au moins à "Elle". Elle peut comprendre.

-Et dans quel but?, pensa-t-elle à son intention, Pour qu'ils comprennent à quel point je suis proche de perdre pied? Même elle commence à avoir peur de moi.

-De tous, celle qui te craint le plus, c'est toi, Nadhara. Reste à déterminer si ce dont tu as le plus peur, c'est de perdre l'équilibre... ou de le trouver."

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"Ils étaient tout pour moi... Aujourd'hui, c'est vous qui tenez cette place."
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Nadhara

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